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  Nouure

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L'Etoile des mers, adieu à la vieille Irlande - Joseph O'Connor

L'Etoile des mers, adieu à la vieille Irlande - Joseph O'Connor

(ATTENTION : pour voir le GIF en bonne qualité, clique dessus, et regarde-le en grand. Ou clique sur le lien Youtube, et regarde la vidéo en grand. Ou ne fais rien, je suis pas ta mère. Mais ne viens pas chouiner après qu'on voit rien sur le GIF ou je sais pas quoi.)

 

   Contrairement à ce qu'on pourrait penser, et quitte à en décevoir certains, ce livre n'est pas un livre sur les échinodermes. (L'étoile de mer est un échinoderme, le saviez-tu?) C'est toutefois un genre de chef-d’œuvre à qui il est très difficile d'assigner un genre, te voilà prévenu, lecteur attentif.

 

  Nous sommes pendant la terrible crise de la pomme de terre en Irlande (pour les trois nullosses au fond qui ont pouffé à l'évocation d'une « crise de la pomme de terre », sachez que cet événement aussi appelé « la Grande Famine », ce qui prête beaucoup moins à la rigolade, fut la cause, au milieu du XIXéme siècle, d'environ un million de morts, et d'une vague d'émigration sans précédent dans l'histoire Irlandaise.). Nous sommes donc pendant la Grande Famine. Le Star of the Sea (ça pète quand même plus en anglais) transporte à son bord des hommes et des femmes de toutes origines sociales qui quittent leur terre pour chercher une nouvelle vie ailleurs.

  Là, tu me diras « c'est donc un roman historique. »Sauf que non, bien tenté, mais c'est un prétexte.

  Comme dans toute histoire de bateau voyageant vers l'Amerique qui se respecte (si toi aussi tu penses à Titanic tape dans tes moufles), il y a comme qui dirait de légères inégalités à bord : une quinzaine de bourges en haut, dans des cabines de première classe, et des centaines de pouilleux et de pécores à l'entrepont. Des pouilleux, des pécores et le typhus. Et le fantôme, un tueur qui est là pour quelqu'un de bien précis, et qui va mettre pas mal de bordel partout.

   Et là, tu me diras « c'est donc un polar ». Sauf que non, bien tenté à nouveau, mais c'est juste un prétexte.

   L'histoire est racontée par un journaliste, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est très, très bien documentée. Entre deux chapitres, on peut tomber sur une caricature bien raciste envers les Irlandais issue d'un journal, des articles pas beaucoup plus sympathiques, des gravures, des lettres d'immigrés... Autant de choses qui vous font considérer le contexte et l'histoire de tout plein de points de vue différents. Tout le monde est exsangue, à bout de force, les gens d'en haut et les gens d'en bas, et on ne peut que se douter du piètre accueil que fera les États-Unis aux uns et aux autres.

   "Alors c'est un roman social", me diras-tu, et là je vais devoir te dire que bien tenté, mais non, et arrête de m'interrompre mon petit pote, tu vois bien que ça sert à rien de mettre ce bouquin dans une case.

L'Etoile des mers, adieu à la vieille Irlande - Joseph O'Connor

   L'important, c'est qu'on s'y croit. On s'y croit même complètement. On visualise exceptionnellement bien les lieux, les gens, le contexte, les aspirations et les motivations de chacun. 

   Et pour couronner le tout, au milieu des péripéties et des rebondissements, l'auteur, O'Connor, en profite pour nous apprendre des trucs sur l'histoire chargée entre Angleterre et Irlande (et j'ai vraiment mieux compris des choses. Le fumier, il essaie de nous cultiver en douce, et IL Y ARRIVE.)

  Joseph O'Connor est (comme dans tous ses autres livres, globalement) brillant, drôle.  L'écriture est superbe (spécial dédicace aux traducteurs Masquart, Meudal et Carton-Piéron qui ont su en rendre toute la finesse), et on se prend en pleine tronche la haine, le racisme, l'espoir, la misère, bref, le bon vieux cocktail qui accompagne toute migration. Et c'est là où le roman prend aux tripes. Ce huis clos maritime renvoie complètement au monde tel qu'il est aujourd'hui.

  On se retrouve confrontés alors à notre propre rapport aux événements qui bouleversent notre monde actuel. Familles aristocrates, possédants, classe moyenne, pauvres hères, tout le monde est touché par le sort qui s'abat sur un pays ou une population. Tout le monde part trouver un avenir meilleur, en espérant que cet avenir existe quelque part. Tout le monde peut avoir faim, peur, mal, tout le monde peut voir le monde qui faisait son quotidien et sa vie auparavant balayé en quelques mois, jours, heures.


   Une exposition troublante des failles de l'humanité au milieu d'un vaste chant historique et inquiétant.

Gif, photo et vidéo : Carmen Kahlo, Chloé Amarger

Gif, photo et vidéo : Carmen Kahlo, Chloé Amarger

Bonus track.

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